Blog Avril 2020

L’OMS, la Reine et les enfants

Le 30 mars 2020, Dr. Michael J. Ryan , faisait à l’OMS, la déclaration suivante.

A l’heure actuelle, dans la plupart des régions du monde, en raison du confinement, la plupart des transmissions qui se produisent dans de nombreux pays se font dans les foyers au niveau familial. Dans un certain sens, la transmission a été retirée des rues et repoussée dans les unités familiales. Maintenant, nous devons aller chercher dans les familles les personnes qui pourraient être malades et les retirer pour les isoler de manière sûre et digne.

On peut tourner la phrase dans tous les sens, elle est limpide : le directeur exécutif du programme des urgences sanitaires de l’Organisation Mondiale de la Santé envisage, pour lutter contre le Coronavirus, d’organiser des visites domiciliaires pour enlever des membres des familles qui pourraient être infectés.

Il ne dit pas comment on pourra savoir s’il y a des personnes infectées, mais on sait qu’il faudra aller les chercher.

Sept jours plus tard, après deux semaines de confinement de la population anglaise, le 6 avril, dans un discours plein de sagesse et de compassion, la reine d’Angleterre s’adressa à la Nation pour rendre un vibrant hommage aux travailleurs de santé et appeler le peuple à l’espérance en de meilleurs jours.

Dans la quatrième partie de son discours, une phrase a allumé des clignotants de ceux qui sont attachés au sort des familles :

« Cela me rappelle la toute première émission que j’ai faite en 1940, aidée par ma sœur. Enfant, nous parlions d’ici, à Windsor, à des enfants qui avaient été évacués de leur foyer et envoyés au loin pour leur propre sécurité. Aujourd’hui, une fois de plus, beaucoup ressentiront un sentiment douloureux de séparation d’avec leurs proches, mais aujourd’hui comme alors, nous savons au fond de nous que c’est la bonne chose à faire. »

Séparer les enfants de leurs parents, une bonne chose ?

Le Seconde guerre mondiale fut, en effet, l’occasion d’une gigantesque migration de populations des villes, cibles potentielles de bombardements ennemis, vers les campagnes réputées plus sûre.

L’idée fut retenue alors d’évacuer les enfants séparément et, dès le 1er septembre 1939, des milliers de parents ont accepté, la mort dans l’âme, de voir leurs petits partir en train ou en autocar trouver des familles d’accueil dans les villages.

L’enthousiasme s’empara des familles d’accueil, dont certains pleurèrent quand on ne leur confia pas d’enfant. Dans certains lieux les arrivants étaient accueillis par des édiles et des policiers, les habitants sortaient dans les rues pour aider à porter les paquets et offrir des tasses de lait.

L’effort fourni fut prodigieux, 1 300 000 personnes ont ainsi pu être évacuées dans près de 4 000 trains spéciaux.

Un premier choc a eu lieu quand les villageois accueillirent les enfants les plus défavorisés : sales, couverts de poux et de gale, grossiers, voleurs, d’une pauvreté absolue, puants de crasse et de haillons et dont certains considéraient le tapis du salon comme un lieu approprié pour baisser culotte ou d’autres, n’ayant jamais vu un œuf, le mangeaient avec la coquille : le choc fut rude.

Mais malgré les difficultés innombrables, le peuple anglais fit montre de beaucoup de générosité et de dévouement envers ces petits séparés de leurs parents et partis vers l’inconnu.

Quelques mois plus tard les évacués commencèrent à rejoindre leurs foyers, et en janvier 1940 près d’un million et demi d’Anglais, enfants ou adultes, étaient rentrés chez eux.

Ce furent pourtant en tout quatre vagues qui mirent dans les trains quantité de familles ou d’enfants sans familles, l’enthousiasme à chaque fois cédant la place à l’exaspération et à l’urgence d’en finir.

Dans le même temps, une autre sorte d’évacuation d’enfants avait été mise en place : elle consistait à programmer l’envoi de plus de 210 000 d’entre eux aux quatre coins de l’empire.

La chose avait d’ailleurs été envisagée pour la jeune princesse Elizabeth et sa sœur Margaret, mais leur mère s’y opposa : « Mes enfants n’iront nulle part sans moi. Je ne partirai pas sans le roi. Et le roi ne partira jamais ».

Entre juin et septembre 1940, 16 voyages transportant plus de 2 600 enfants âgés de 5 à 15 ans, furent accomplis vers le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud, dans les meilleures conditions du monde.

Une cellule interministérielle avait été mise sur pied, et un Comité chargé de l’accueil des enfants à l’étranger examina toutes les offres de prise en charge, autant de démarches susceptibles de totalement rassurer les parents désireux de mettre leurs enfants à l’abri de l’orage en cours.

Un drame, surgi le 17 septembre 1940, mit fin à l’heureuse entreprise : une torpille allemande détruisit le City of Benares, le cargo qui transportait des enfants vers le Canada, en tuant 77 des 90 qui s’y trouvaient. Ce drame marqua la fin de l’entreprise.

C’est à ces enfants expatriés que, à peine un mois plus tard, le 13 octobre, la jeune princesse Elizabeth, âgée de 14 ans et flanquée de sa jeune sœur Margaret s’adressa dans un discours radiophonique enregistré au palais de Windsor.

Nous tous, les enfants qui sont encore à la maison, pensons continuellement à nos amis et à nos relations qui sont partis à l’étranger – qui ont parcouru des milliers de kilomètres pour trouver un foyer de guerre et un accueil chaleureux au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et aux États-Unis d’Amérique.